Pour en finir avec l’esclavage moderne

Publié le par Kristov

Je soutiens l’initiative européenne sur le revenu inconditionnel de base : http://basicincome2013.eu/ubi/fr/

 

Pourquoi ?

 

Parce qu’il y a une expression du langage courant révélatrice d’une profonde injustice qui me révolte au plus haut point : on dit toujours que “il faut gagner sa vie”. Je m’insurge contre cet état de fait, je suis déjà en vie, pourquoi dois-je gagner ma vie, gagner le droit de vivre décement ?!

Je ne demande pas à recevoir des millions d’euros sans travailler, mais je trouve normal que tout le monde reçoive suffisament pour vivre décement, sans être culpabilisé par la société pour cette situation, sans être traîté d’assisté, sans être soupçonné de fainéantise aigüe.

Je ne veux pas vivre pour l’argent, je veux de l’argent pour vivre !

 

Lorsque les riches héritiers, qui n’ont strictement rien fait pour mériter leur statut, traîtent les bénéficiaires du RSA d’assistés, ça me fait doucement rigoler : ces héritiers ont de fait bien été assistés par papa-maman, et ce à hauteur de plusieurs millions voir même plusieurs milliards, et ils se plaignent que ceux qui n’ont pas eu cette chance soient assistés par l’état.

Prenons par exemple Serge Dassault qui a déclaré entre autre :

  • "Le problème n'est pas seulement de trouver de l'emploi mais aussi que l'assistance et les aides diverses aux chômeurs sont trop élevées, à mon avis, pour qu'ils aient une certaine envie de travailler"
  • "Prime pour l'emploi, et bientôt RSA... c'est quand même anormal de vouloir donner de l'argent de l'Etat qui n'en a pas beaucoup à des gens qui ne veulent pas travailler parce qu'on les paye trop et coûtent aussi beaucoup d'argent à l'Etat"
  • "On réduirait carrément les aides aux chômeurs, ce serait quand même plus efficace si on veut les faire travailler que de vouloir donner de l'argent sur denier de l'Etat"

(propos tenu en 2008)


Lui qui n’a jamais connu le stress de perdre son emploi, qu’a-t-il réellement fait de lui-même pour mériter son confort financier actuel indécente richesse actuelle à part être le fils de Marcel Dassault ? Lui qui, à la sortie de l’école, trouve son premier emploi dans l’entreprise paternelle ; lui qui n’a jamais eu à se soucier de l’évolution de sa carrière dans l’entreprise paternelle ; lui qui ne sait pas ce que c’est que d’être à découvert et d’être pénalisé pour ça (c’est assez cynique comme concept d’ailleurs : « t’as pas assez d’argent sur ton compte, du coup on va t’en prendre encore un peu plus, ça te fera les pieds ») ; Lui qui exprime son admiration pour l'organisation chinoise du travail, est-il allé voir de près à quoi ressemble la vie d’un ouvrier chinois ? (moi oui, et c’est moche, je vous assure qu’on n’est pas si mal en France). Lui qui se désole de l'existence des grèves et des syndicats, que connait-il des conditions de vie des « petits » employés ? Lui qui pensent que les chômeurs reçoivent trop d’aides, que connait-il de leurs difficultés quotidiennes ?

Pour lui, les chômeurs sont des fainéants qui ne veulent pas travailler et il faudrait donc leur supprimer les aides. Ben voyons. Je veux bien admettre que pour une infime minorité ce soit peut-être le cas mais de la à pénaliser tout le monde, il y a de la marge. Admettons, que cette minorité atteigne jusqu’à 1% du total (c’est un chiffre bien trop gros à mon avis, mais bon c’est pour simplifier). De quel droit donc pénaliserions nous les 99% restant en les privant d’aides ?

 

Je suis en vie, j’existe, j’ai comme tout le monde droit de vivre, j’ai droit pour cela à ma part des ressources naturelles. Si on supprime les aides sociales, il faut que tout le monde puisse disposer de son lopin de terre pour se loger et cultiver ses légumes, en d’autre termes, que tout le monde ait ce qu’il faut pour être totalement autonome. Dans le monde actuel, c’est une utopie pure.

 

L’argent est la base de l’esclavage moderne : c’est parce qu’on doit « gagner sa vie » qu’on est esclave de ceux qui ont l’argent. En grossissant le trait, c’est ça : « si tu veux recevoir de l’argent, tu fais ce que je te dis » : dans le monde du travail, ce sont les employeurs qui fixent les salaires d’embauche. Bien sûr, il y a des cas où l’employé détient des compétences rares que le patron veut avoir, et le patron est donc plus enclin à accepter les exigences de l’employé. Mais dans la très grande majorité des cas, l’employé est très facilement remplaçable, et c’est donc lui qui se plie aux exigences salariale de l’employeur. Non seulement il y a un déséquilibre ici, mais il y a en plus un déséquilibre dans les enjeux : une personne qui refuse un emploi met en jeu son autonomie financière (donc sa survie) puisque rien ne lui garanti qu’il trouvera une autre opportunité, alors qu’une entreprise qui ne recrute pas un candidat, elle elle finira forcément par trouver un autre candidat qui lui convient.

 

Ce que permettrait le revenu inconditionnel de base ce serait de remettre un peu plus à égalité les candidats et les employeurs en terme d’enjeux : un candidat qui n’a pas à s’inquiéter de pouvoir vivre décement peut plus facilement refuser un emploi. Ce système aura comme effet secondaire de mieux répartir les salaires : moins de très bas et très hauts salaires. En effet, plus personne n’acceptera de travailler pour un très bas salaire, donc les employeurs seront obligés de mieux payer ces emplois là, en conséquence les entreprises ne pourront pas se permettre de payer les hauts- salaires actuels, donc ces hauts-salaires seront réduits.

 

Le principal argument des opposant à ce système est de dire que si tout le monde à assez pour vivre sans rien faire, plus personne ne travaillera, donc le système ne sera plus auto-supporté. Même s’il est très probable que des gens ne travaillerons plus, il est complètement faux de dire que plus personne ne travaillera : effectivement tout le monde aura assez d’argent pour vivre décement, mais la plupart des gens estimera ne pas avoir assez d’argent pour vivre comme ils souhaitent réellement vivre (un peu plus de confort, voir de luxe), ou pour réaliser leurs projets. D’autres tout simplement s’ennuiront s’ils ne travaillent pas, d’autres encore ont besoin de travailler pour développer leurs relations sociales. Donc ils travailleront. Certains choisiront de travailler à mi-temps, d’autres à plein-temps, et d’autres ne travaillerons pas. Laissez-moi vous faire remarquer que c’est déjà le cas. La différence sera dans le fait que la situation résultera toujours d’un choix, là où actuellement c’est souvent une obligation.

 

Un autre argument est de dire que plus personne ne voudra faire certains métiers, par exemple caissier, éboueurs, balayeurs. C’est faux et archi faux : quelqu’un qui n’a pas fait d’études supérieures, qui le veuille ou non il ne pourra pas espérer avoir un boulot d’ingénieur ou de médecin, or s’il veut tout de même gagner plus d’argent que le revenu inconditionnel de base, il sera tout de même obligé de viser les métiers pour lesquels il a les compétences requises. Par ailleurs, certains peuvent trouver plaisant des métiers que d’autres trouvent insupportables. Par exemple, tout le monde n’a pas forcément envie de prendre des responsabilités : responsabilité est sinonyme de stress. Un balayeur n’a pas de responsabilités, en ce sens ce n’est pas forcément un travail pénible. En fait, les travaux pénibles seront forcément mieux rémunérés qu’ils ne le sont actuellement, justement parce qu’étant pénibles moins de gens accepterons ces emplois. Puisqu’ils seront mieux rémunérés, ces emplois deviendront par force suffisamment attractif.

 

Je ne veux pas vivre pour travailler ni travailler pour vivre, je veux travailler pour m’épanouir et améliorer mon confort.

Commenter cet article